Elle n’a pas oublié sa mammographie. Elle a simplement trouvé 1000 choses plus urgentes.

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Elle trouve du temps pour ses enfants, son conjoint, ses parents, ses amis. Mais lorsqu’il s’agit de prendre rendez-vous pour sa mammographie de dépistage du cancer du sein, il y a toujours quelque chose de plus urgent. Et si nous faisions fausse route ? Prendre soin de soi, ce n’est pas prendre du temps à ceux qu’on aime. C’est aussi une façon de préserver les moments, les projets et la liberté que l’on partage avec eux.

Il y a les urgences des autres. Et puis il y a notre santé.

Un rendez-vous chez le médecin pour un enfant. Une réunion professionnelle impossible à déplacer. Un parent vieillissant à accompagner. Un dîner à organiser, des courses à faire, un ami à soutenir.

Et au milieu de tout cela, une invitation au dépistage du cancer du sein. On la pose sur un coin de bureau. On se promet d’appeler le cabinet de radiologie la semaine suivante. Puis une autre priorité s’impose. Cette scène est fictive, mais elle illustre une contradiction du quotidien : nous trouvons du temps pour les personnes qui comptent pour nous, tout en repoussant les rendez-vous qui concernent notre propre santé. Ce n’est pas de la négligence, encore moins un manque d’amour-propre. C’est souvent la conséquence de vies bien remplies, où les besoins des autres prennent naturellement beaucoup de place.

Prendre soin de soi, c’est aussi préserver sa liberté

Nous avons tendance à opposer le temps consacré aux autres et celui que nous nous accordons. Comme si une heure pour un rendez-vous médical était forcément une heure retirée à sa famille, à son travail ou à ses proches.

Pourtant, notre santé fait partie de la vie que nous construisons avec eux. Elle accompagne nos projets, notre autonomie et notre liberté : partager des moments avec ses enfants, partir en week-end avec son conjoint, voyager, retrouver ses amis, continuer à faire ses propres choix.

Aucun examen ne garantit de rester en bonne santé, et la prévention n’est pas une assurance contre la maladie. Mais lorsqu’un cancer est détecté plus tôt, la prise en charge peut être moins lourde et les chances de guérison meilleures. Le temps que nous nous accordons n’est donc pas du temps retiré aux autres : c’est aussi une manière de prendre soin de notre avenir commun.

Dépistage du cancer du sein : quand l’absence de symptômes devient une raison d’attendre

Le dépistage a une particularité : il s’adresse à des personnes qui ne présentent aucun symptôme. C’est précisément son objectif, car un cancer du sein peut se développer sans douleur ni signe visible. Mais lorsqu’on se sent bien, pourquoi considérer un examen comme prioritaire ?

En France, le programme national de dépistage organisé s’adresse aux femmes de 50 à 74 ans, sans symptôme et sans facteur de risque particulier. Tous les deux ans, l’Assurance Maladie les invite à réaliser une mammographie, prise en charge à 100 % et sans avance de frais. Les clichés jugés normaux sont relus par un second radiologue.

Le dépistage a aussi ses limites : faux positifs, risque de surdiagnostic, cancers qui peuvent apparaître entre deux examens. Y participer reste un choix, qui doit reposer sur une information claire.

45,7 % : moins d’une femme sur deux participe au dépistage organisé

Selon Santé publique France, le taux standardisé de participation au programme de dépistage organisé du cancer du sein était de 45,7 % sur la période 2024-2025. Ce chiffre ne signifie pas que toutes les autres femmes ont renoncé au dépistage : certaines réalisent une mammographie en dehors du programme, sur prescription. Mais il révèle une difficulté persistante : transformer une recommandation de santé publique en démarche réellement accessible.

Le manque de temps n’est pas une excuse. C’est parfois un véritable obstacle.

Les raisons de ne pas participer sont multiples : contraintes professionnelles et familiales, difficultés de déplacement, éloignement des cabinets de radiologie, appréhension de l’examen ou peur du résultat. Il serait injuste de résumer cette situation à une question de volonté individuelle.

Une enquête menée auprès d’habitants de quartiers défavorisés de Marseille, dans le cadre du projet de médiation en santé « 13 en santé », apporte un éclairage. L’absence de symptômes y apparaît comme la principale raison citée pour ne pas se faire dépister. Menée sur un territoire précis, elle ne permet pas de généraliser, mais elle illustre un paradoxe : nous attendons d’avoir du temps pour nous occuper de notre santé, et lorsque nous nous sentons bien, nous avons encore moins de raisons apparentes de lui en consacrer.

Octobre Rose : beaucoup de messages, mais que se passe-t-il après ?

Chaque année en octobre, les rubans roses fleurissent sur les vêtements, les vitrines et les réseaux sociaux. Les événements solidaires se multiplient, les professionnels de santé se mobilisent. Cette visibilité est essentielle.

Mais la prévention ne devrait pas se limiter à un mois dans l’année. Rappeler l’importance du dépistage ne suffit pas toujours : encore faut-il permettre aux femmes concernées de trouver un professionnel, d’obtenir un rendez-vous et de disposer des informations nécessaires pour décider. Le véritable enjeu d’Octobre Rose n’est peut-être pas seulement de rappeler aux femmes de penser à elles, mais de leur donner les moyens de le faire.

Et si cette année, on arrêtait d’attendre d’avoir du temps ?

Il y aura toujours une réunion à préparer, un proche à accompagner ou un imprévu. Pourquoi ne pas profiter d’Octobre Rose pour faire le point sur son suivi ? Quelques réflexes utiles :

  • Vous avez entre 50 et 74 ans ? Vérifiez la date de votre dernière mammographie. Si vous n’avez pas reçu votre invitation, consultez votre compte ameli ou demandez-la à votre médecin traitant.
  • Vous avez des antécédents familiaux de cancer du sein ou de l’ovaire ? Parlez-en à votre médecin : un suivi personnalisé peut être nécessaire.
  • Vous constatez une grosseur, un écoulement inhabituel ou une modification de l’aspect du sein ? Consultez sans attendre votre prochain dépistage.
  • Vous avez des questions ? Votre médecin traitant, votre gynécologue ou votre sage-femme peut vous aider à comprendre les bénéfices et les limites de l’examen. Les maisons de santé réunissent souvent ces professionnels.
  • Vous ne savez pas où faire votre mammographie ? L’invitation est accompagnée de la liste des radiologues agréés de votre département. Vous pouvez aussi consulter l’annuaire des radiologues agréés de l’Assurance Maladie, ou repérer les centres hospitaliers proches de chez vous sur Santé en France.

Prendre du temps pour soi, ce n’est pas en retirer aux autres

Nous consacrons beaucoup de notre temps à ceux que nous aimons, et c’est souvent une immense source de bonheur. Mais prendre soin des autres ne devrait pas nous conduire à nous oublier. Nous faisons, nous aussi, partie de cette famille, de ce cercle d’amis et de ces projets qui comptent.

Cette année, pour Octobre Rose, nous pourrions prendre une résolution toute simple : ne plus attendre d’avoir fini de prendre soin de tout le monde pour penser à notre propre santé. Parce que dans la vie de ceux qu’on aime, notre présence compte aussi.

Sur Santé en France, notre annuaire vous aide à trouver les établissements et professionnels de santé près de chez vous.

Sources

  1. Santé publique France — Participation au programme national de dépistage organisé du cancer du sein en 2024-2025 et évolution depuis 2010
  2. Institut national du cancer — Je fais mon dépistage : cancers du sein
  3. Assurance Maladie — Dépistage organisé du cancer du sein pour les femmes entre 50 et 74 ans
  4. Santé publique France — Résultats de l’enquête transversale initiale du projet « 13 en santé » de médiation en santé auprès des populations vulnérables de Marseille (2024)

Cet article est destiné à l’information du grand public et ne remplace pas un avis médical personnalisé.

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