Movember : la moustache fait parler, mais après, on va où ?

Chaque novembre, des milliers d’hommes se laissent pousser la moustache pour qu’on parle de leur santé. Et ça marche : on en parle. Sauf qu’une fois la conversation lancée, il manque un truc tout bête, un endroit où aller. C’est peut-être là que se joue la vraie histoire de Movember.

Trente types, une blague et un malentendu

Melbourne, 2003. Deux amis, Travis Garone et Luke Slattery, se demandent pourquoi la moustache a disparu des visages. Ils lancent un défi à leurs copains : la laisser pousser tout le mois de novembre. Trente hommes jouent le jeu, pour rire.

Dès 2004, la blague devient une cause : d’abord le cancer de la prostate, puis le cancer des testicules, la santé mentale et la prévention du suicide. « Mo » pour moustache, « November » pour novembre.

Le principe est malin. Une moustache, ça se remarque. Quelqu’un te demande « c’est quoi ce look ? », tu réponds « c’est pour Movember », et voilà une conversation sur la santé d’un homme, sans que personne ait eu à se confier.

Le malentendu, c’est de croire que la conversation suffit. Parler, c’est le premier pas. Encore faut-il savoir où poser le deuxième.

Une jeune fille a déjà un rendez-vous qui l’attend. Un jeune homme, non.

Réfléchissez deux secondes au parcours d’une femme. Premier suivi gynécologique, contraception, frottis, grossesse, mammographie : tout au long de sa vie, des rendez-vous la font entrer dans un cabinet médical sans qu’elle ait à se sentir malade.

Et pour les hommes ? Un article publié par Santé publique France le dit noir sur blanc : le suivi gynécologique et obstétrical offre aux femmes des occasions de prévention qui n’ont pas d’équivalent pour les hommes. Pas de rendez-vous « d’office », pas de courrier qui arrive, pas de passage obligé. Beaucoup d’hommes ne voient un médecin que le jour où quelque chose cloche.

Les chiffres de l’Insee, pour 2019, vont dans le même sens : 88 % des femmes avaient consulté un généraliste dans l’année, contre 80 % des hommes. Chez les spécialistes, l’écart se creuse : 53 % contre 42 %.

Silence ou absence de repères ?

On entend souvent que les hommes ne parlent pas de leur santé par pudeur ou par fierté. C’est vrai pour certains, et ça se transmet : un père qui répond « ce n’est rien, ça va passer » apprend à son fils que c’est comme ça qu’on fait.

Mais ça ne raconte qu’une moitié de l’histoire. L’autre moitié, c’est que personne n’a jamais montré le chemin. Quand on n’a jamais eu de « médecin pour ça », difficile de savoir à quelle porte frapper, pour quoi, et ce qui va se passer derrière. On repousse, non pas forcément par peur, mais parce que c’est flou.

Et ce flou peut coûter cher. En 2023, 8 848 personnes sont mortes par suicide en France, et près de trois sur quatre étaient des hommes, selon Santé publique France. Les taux les plus élevés se trouvent chez les hommes de 65 ans et plus, puis chez ceux de 45 à 64 ans. Aucune cause unique ne l’explique, évidemment. Mais ça rappelle une chose : demander de l’aide tôt change des trajectoires.

Le sujet qui fâche : le PSA

Parmi les causes de Movember, le cancer de la prostate est la plus connue. C’est aussi un sujet sur lequel les spécialistes ne sont pas tous d’accord.

En France, la Haute Autorité de santé ne recommande pas, à ce jour, le dépistage systématique par dosage du PSA chez les hommes sans symptôme, notamment à cause du risque de surdiagnostic et de traitements inutiles. L’Association française d’urologie, elle, défend une approche plus favorable au dépistage. Entre les deux, la décision se prend à deux : le patient et son médecin, après avoir pesé les bénéfices et les risques.

C’est justement l’intérêt d’avoir un médecin avec qui en parler. Faire un test « au cas où » après une pub ou un post vu sur les réseaux n’est pas la bonne démarche. En discuter avec un professionnel qui connaît vos antécédents, oui.

Concrètement, on va voir qui ?

Voilà le petit mode d’emploi qu’on aurait aimé trouver plus tôt :

  • Le médecin généraliste est la porte d’entrée. Il fait le point, écoute, examine, et vous oriente si besoin. Passer par votre médecin traitant permet aussi, en général, d’être mieux remboursé quand il faut ensuite consulter un spécialiste.
  • L’urologue intervient pour les questions de prostate, de testicules ou de troubles urinaires. Un symptôme inhabituel, une douleur qui dure, des antécédents familiaux : voilà de bonnes raisons d’en parler.
  • Un psychologue, un psychiatre ou un centre médico-psychologique pour le moral, le sommeil qui lâche, l’irritabilité qui s’installe, l’impression de tenir à bout de bras. Pas besoin d’aller « très mal » pour consulter.
  • Le 3114 en cas de pensées suicidaires, pour vous ou pour quelqu’un de votre entourage. Gratuit, confidentiel et joignable 24 h sur 24, 7 jours sur 7.

Sur Santé en France, notre annuaire vous aide à trouver près de chez vous une maison de santé pour consulter un médecin généraliste, un centre hospitalier ou un centre médico-psychologique (CMP). Et c’est souvent le premier pas le plus dur.

La moustache ne soigne personne

Une moustache ne prévient aucune maladie. Elle ne remplace ni un dépistage, ni une consultation, ni un psy. Mais elle peut déclencher une question, et cette question peut devenir un appel au cabinet.

Alors cette année, si un collègue, un ami ou votre père se laisse pousser la moustache, demandez-lui pourquoi. Et si la réponse est « Movember », demandez-lui quand il a vu un médecin pour la dernière fois.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de souffrance psychologique ou de pensées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible gratuitement en France, 24 h sur 24 et 7 jours sur 7.

Sources : Santé publique France, Conduites suicidaires en France, bilan 2024 (données 2023) ; Santé publique France, Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 8, avril 2024 ; Insee, Santé et recours aux soins (données 2019) ; Haute Autorité de santé ; Association française d’urologie.

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