Le 15 juillet 2026, les députés ont adopté définitivement la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir. Ce vote constitue l’une des réformes sociétales les plus importantes de ces dernières décennies. Si beaucoup parlent encore de « loi sur l’euthanasie », le texte va en réalité plus loin et encadre plusieurs situations dans lesquelles une personne gravement malade pourrait demander une aide médicalisée pour mettre fin à ses jours.
Pour autant, cette loi continue de susciter de nombreuses interrogations. Que prévoit-elle exactement ? Qui pourra en bénéficier ? Pourquoi l’opinion publique, très favorable au départ, semble-t-elle aujourd’hui plus partagée ? Et pourquoi de nombreux malades, aidants et soignants expriment-ils des réserves alors qu’ils sont directement confrontés à la fin de vie ?
Dans ce dossier, nous revenons sur les principales dispositions de la loi, les raisons de l’évolution du débat et les enjeux humains, médicaux et éthiques qui l’entourent.
Ce que prévoit la nouvelle loi sur l’aide à mourir
Le texte adopté par l’Assemblée nationale ne crée pas un droit général à l’euthanasie. Il instaure un droit à l’aide à mourir, dans un cadre strictement défini.
L’objectif affiché par le législateur est d’offrir une réponse exceptionnelle aux personnes confrontées à une souffrance jugée insupportable malgré les traitements disponibles.
Qui pourra bénéficier de l’aide à mourir ?
Pour être éligible, plusieurs conditions devront être réunies.
Le patient devra notamment :
- être majeur
- être Français ou résider durablement en France
- être atteint d’une affection grave et incurable
- présenter un pronostic vital engagé à un stade avancé de la maladie
- être capable d’exprimer une volonté libre, éclairée et réitérée
- souffrir de douleurs physiques ou psychologiques jugées insupportables et ne pouvant être suffisamment soulagées
Ces critères devront être vérifiés par un médecin selon une procédure encadrée.
Suicide assisté ou euthanasie ?
L’un des points les plus méconnus concerne la distinction entre suicide assisté et euthanasie.
Le texte privilégie le suicide assisté : la personne s’administre elle-même la substance létale prescrite.
Toutefois, lorsque son état physique ne lui permet plus d’accomplir ce geste, un médecin ou un infirmier pourra procéder à l’administration du produit.
Cette différence est importante, car elle rapproche la France de certains modèles étrangers tout en conservant un cadre spécifique.
Une procédure particulièrement encadrée
Contrairement à certaines idées reçues, une simple demande du patient ne suffira pas.
Le parcours prévoit notamment :
- une demande officielle auprès d’un médecin
- une évaluation médicale approfondie
- une concertation avec plusieurs professionnels de santé
- une décision motivée
- un délai de réflexion
- la possibilité pour le patient de revenir sur sa décision à tout moment
Par ailleurs, les professionnels de santé disposeront d’une clause de conscience leur permettant de refuser de participer à la procédure.
Les proches peuvent-ils décider à la place du malade ?
La réponse est non.
Même lorsqu’une personne a rédigé des directives anticipées, celles-ci ne permettront pas à un proche de demander une aide à mourir en son nom.
Le patient devra être capable d’exprimer personnellement sa volonté au moment de la procédure.
Ce point distingue fortement cette loi d’autres décisions médicales relatives à la fin de vie.
Pourquoi le débat a-t-il autant évolué ?
Pendant longtemps, les enquêtes d’opinion montraient qu’environ huit Français sur dix se déclaraient favorables à une évolution de la législation.
Ces chiffres ont souvent été présentés comme la preuve d’un consensus national.
Pourtant, à mesure que le texte était discuté au Parlement, les prises de position se sont multipliées et les certitudes se sont estompées.
Comment expliquer cette évolution ?
Une question qui semblait simple…
Les premiers sondages posaient généralement une question relativement directe :
« Êtes-vous favorable à ce qu’une personne atteinte d’une maladie incurable puisse choisir de mettre fin à ses jours avec l’aide d’un médecin ? »
Présentée ainsi, la réponse repose principalement sur l’empathie.
Face à l’idée d’une souffrance extrême, beaucoup répondent spontanément « oui ».
Mais cette réponse reflète davantage un principe de compassion qu’une connaissance détaillée du futur dispositif.
…qui devient beaucoup plus complexe
Au fil des auditions parlementaires, des rapports médicaux et des débats médiatiques, les Français ont découvert que le sujet soulevait de nombreuses interrogations.
Par exemple :
- Comment définir précisément une souffrance « insupportable » ?
- Jusqu’où peut aller l’appréciation du médecin ?
- Existe-t-il un risque de pression, même involontaire, sur certaines personnes âgées ou dépendantes ?
- Les soins palliatifs sont-ils réellement accessibles partout ?
- La médecine doit-elle conserver exclusivement une mission de soin ou peut-elle également accompagner un acte destiné à provoquer la mort ?
Ces questions ont progressivement déplacé le débat.
Il ne s’agissait plus seulement de savoir si chacun devait être libre de choisir sa fin de vie, mais également de réfléchir aux conséquences pour l’ensemble de la société.
Les soins palliatifs : un sujet devenu central
L’un des principaux enseignements du débat parlementaire concerne les soins palliatifs.
De nombreux spécialistes rappellent que plusieurs départements français disposent encore d’une offre insuffisante.
Certaines familles doivent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour trouver une unité spécialisée.
D’autres patients n’y accèdent jamais.
Cette réalité conduit plusieurs médecins à poser une question essentielle :
Peut-on proposer une aide à mourir avant de garantir un accès équitable aux soins palliatifs sur tout le territoire ?
Cette interrogation est aujourd’hui au cœur des discussions.
Le gouvernement a d’ailleurs fait adopter parallèlement une loi destinée à renforcer le développement des soins palliatifs afin d’améliorer l’accompagnement des personnes en fin de vie.
Pourquoi les sondages ne racontent pas toute l’histoire
Les sondages restent utiles pour mesurer une tendance générale.
Mais ils ne reflètent pas toujours la complexité d’un sujet aussi sensible.
Les réponses peuvent varier selon la formulation des questions.
En revanche, les avis deviennent plus partagés lorsque les questions portent sur :
- les maladies concernées
- la définition du pronostic vital
- le rôle des médecins
- les conséquences pour les personnes vulnérables
- les garanties offertes aux familles
Autrement dit, plus les citoyens découvrent les détails pratiques du dispositif, plus leur réflexion devient nuancée.
Cette évolution explique en partie pourquoi le débat semble aujourd’hui moins polarisé qu’il ne l’était il y a quelques années.
Une réforme qui dépasse largement la seule question médicale
L’aide à mourir ne concerne pas uniquement les médecins ou les patients.
Elle interroge la société tout entière.
Elle pose des questions philosophiques, juridiques, psychologiques, économiques et même culturelles.
Quelle place accorder à l’autonomie individuelle ?
Comment protéger les personnes les plus fragiles ?
Jusqu’où la médecine peut-elle accompagner les choix de ses patients ?
Et surtout, comment continuer à développer une culture du soin tout en ouvrant la possibilité d’une aide active à mourir ?
Autant de questions auxquelles il n’existe pas de réponse simple.
C’est précisément cette complexité qui explique pourquoi le débat s’est profondément transformé au fil des mois.
Dans la deuxième partie de ce dossier, nous donnerons la parole aux premiers concernés : les personnes malades, les aidants familiaux, les soignants et les représentants des principaux courants religieux. Nous verrons pourquoi leurs expériences de terrain conduisent parfois à des positions très différentes de celles exprimées dans les sondages d’opinion.
Pourquoi les personnes directement concernées sont-elles souvent les plus partagées ?
Lorsque l’on interroge l’ensemble de la population, une majorité de Français se dit favorable à une évolution de la loi sur la fin de vie. Pourtant, lorsqu’on écoute les témoignages des personnes confrontées quotidiennement à la maladie grave ou à la fin de vie, le constat est plus nuancé.
Patients, aidants familiaux, médecins, infirmiers, psychologues ou bénévoles en soins palliatifs n’expriment pas une position unique. Certains soutiennent la loi, d’autres y sont opposés, et beaucoup se situent entre les deux, estimant que chaque situation est différente.
Cette diversité des points de vue est l’une des principales caractéristiques du débat actuel.
Les malades : une parole loin d’être unanime
Contrairement à certaines idées reçues, les personnes atteintes de maladies graves ne défendent pas toutes la même vision.
Ceux qui soutiennent la loi
Certaines personnes atteintes de cancers avancés, de maladies neurodégénératives ou de pathologies évolutives estiment qu’elles doivent pouvoir choisir le moment où leur souffrance devient insupportable.
Pour elles, la liberté individuelle est essentielle.
Elles expliquent que la possibilité de décider de leur propre fin de vie représente une forme de dignité et d’autonomie.
Certaines témoignent également que le simple fait de savoir qu’une telle possibilité existe leur procure un apaisement, même sans être certaines d’y recourir.
Ceux qui expriment leurs inquiétudes
À l’inverse, plusieurs associations représentant des personnes en situation de handicap ou atteintes de maladies chroniques ont exprimé leurs réserves.
Leur principale crainte concerne le regard que la société pourrait porter sur les personnes dépendantes.
Certaines expliquent redouter qu’un malade puisse finir par penser :
« Je suis devenu une charge pour mes proches. »
Ou encore :
« Ma vie coûte trop cher à la société. »
Pour ces associations, le véritable danger n’est pas nécessairement la loi elle-même, mais la pression psychologique que certaines personnes vulnérables pourraient ressentir, même sans que personne ne la formule explicitement.
Les aidants familiaux : entre amour, fatigue et culpabilité
Chaque année, plusieurs millions de Français accompagnent un proche gravement malade.
Leur quotidien est souvent marqué par la fatigue, les démarches administratives, les soins, les nuits interrompues et une charge émotionnelle considérable.
Pour beaucoup d’entre eux, la fin de vie ne se résume pas à une succession de souffrances.
Ils racontent également les moments de partage, les discussions importantes, les derniers sourires ou les instants de réconciliation familiale.
Cette expérience explique pourquoi certains aidants se montrent prudents face à l’aide à mourir.
Ils rappellent qu’une personne peut traverser des périodes de profond découragement avant de retrouver l’envie de vivre grâce à une meilleure prise en charge de la douleur ou à un accompagnement psychologique.
À l’inverse, d’autres aidants considèrent que voir souffrir un proche sans perspective d’amélioration est une épreuve si difficile qu’ils comprennent pleinement le souhait de pouvoir choisir sa fin de vie.
Les aidants familiaux : entre amour, fatigue et culpabilité
Chaque année, plusieurs millions de Français accompagnent un proche gravement malade.
Leur quotidien est souvent marqué par la fatigue, les démarches administratives, les soins, les nuits interrompues et une charge émotionnelle considérable.
Pour beaucoup d’entre eux, la fin de vie ne se résume pas à une succession de souffrances.
Ils racontent également les moments de partage, les discussions importantes, les derniers sourires ou les instants de réconciliation familiale.
Cette expérience explique pourquoi certains aidants se montrent prudents face à l’aide à mourir.
Ils rappellent qu’une personne peut traverser des périodes de profond découragement avant de retrouver l’envie de vivre grâce à une meilleure prise en charge de la douleur ou à un accompagnement psychologique.
À l’inverse, d’autres aidants considèrent que voir souffrir un proche sans perspective d’amélioration est une épreuve si difficile qu’ils comprennent pleinement le souhait de pouvoir choisir sa fin de vie.
Les soignants : une profession profondément divisée
Parmi les professionnels de santé, le débat est particulièrement intense.
Les médecins, infirmiers et aides-soignants sont directement concernés puisqu’ils pourraient être amenés à intervenir dans la procédure.
Une question qui touche à l’identité de la médecine
Pour certains praticiens, accompagner un patient jusqu’à son décès lorsqu’il le demande constitue une continuité du soin.
Pour d’autres, provoquer volontairement la mort ne relève pas de la mission médicale.
Ils estiment que le rôle du médecin est de soigner, soulager et accompagner, mais jamais de donner la mort.
Cette divergence explique pourquoi la loi prévoit une clause de conscience permettant aux professionnels de refuser de participer à une aide à mourir.
Un impact psychologique souvent sous-estimé
Au-delà du débat éthique, plusieurs psychologues hospitaliers soulignent que cet acte pourrait avoir un impact émotionnel important sur les équipes soignantes.
Dans les pays où l’aide à mourir est déjà autorisée, certains professionnels évoquent un stress moral (« moral distress ») : le sentiment d’être confronté à une décision difficile, parfois en tension avec leurs convictions personnelles ou leur conception du soin.
Même lorsque le soignant adhère au dispositif, accompagner une personne dans ses derniers instants peut laisser une empreinte émotionnelle durable.
À l’inverse, d’autres professionnels expliquent que répondre à une demande mûrement réfléchie d’un patient peut également être vécu comme un acte de compassion et d’accompagnement.
Les soins palliatifs au cœur des préoccupations
Un point rassemble pourtant une très large majorité des acteurs du débat : la nécessité de renforcer les soins palliatifs.
Les spécialistes rappellent que ces soins ne consistent pas uniquement à soulager la douleur.
Ils permettent également :
- d’accompagner les familles
- d’assurer un suivi psychologique
- de préserver autant que possible la qualité de vie
- de soutenir les aidants
Plusieurs médecins expliquent que certaines demandes d’aide à mourir diminuent lorsque la douleur est correctement prise en charge et que le patient bénéficie d’un accompagnement adapté.
D’autres rappellent toutefois que les soins palliatifs ne permettent pas toujours d’apaiser toutes les souffrances, notamment lorsqu’elles sont existentielles ou psychologiques.
Les religions face à l’aide à mourir
La question de la fin de vie dépasse largement le cadre médical.
Elle touche également aux convictions philosophiques et spirituelles.
Le christianisme
L’Église catholique réaffirme son opposition à l’euthanasie et au suicide assisté.
Elle considère que la vie humaine possède une dignité intrinsèque jusqu’à son terme naturel.
Elle soutient en revanche le développement des soins palliatifs et reconnaît la possibilité de limiter ou d’arrêter des traitements devenus déraisonnables.
Les Églises protestantes présentent des sensibilités plus diverses. Certaines mettent davantage l’accent sur l’autonomie de la personne, tandis que d’autres rejoignent la position catholique.
Le judaïsme
La tradition juive considère généralement que la vie doit être protégée jusqu’à son terme naturel.
Cependant, plusieurs courants distinguent l’interdiction de provoquer activement la mort du fait de ne pas prolonger artificiellement une agonie sans espoir.
L’islam
La plupart des autorités musulmanes considèrent que la vie est un don de Dieu dont l’être humain n’est pas propriétaire.
L’euthanasie et le suicide assisté sont donc majoritairement rejetés, tout en admettant, dans certaines situations, l’arrêt de traitements devenus inutiles.
Le bouddhisme
Le bouddhisme met l’accent sur la compassion, mais aussi sur le respect de la vie.
Les interprétations varient selon les écoles, certaines insistant davantage sur l’intention qui motive l’acte.
Peut-on être opposé à la loi sans être religieux ?
Oui.
L’un des enseignements majeurs du débat est que les oppositions ne reposent pas uniquement sur des convictions religieuses.
Parmi les critiques figurent également :
- des médecins
- des philosophes
- des juristes
- des associations de personnes handicapées
- des spécialistes des soins palliatifs
Leurs arguments portent principalement sur :
- la protection des personnes les plus vulnérables
- le risque de banalisation progressive du dispositif
- la nécessité d’améliorer d’abord l’accès aux soins palliatifs
À l’inverse, de nombreux défenseurs de la loi ne se revendiquent d’aucune religion et fondent leur position sur le respect de l’autonomie individuelle et de la liberté de choix.
Une société face à un choix de civilisation
Au fond, le débat dépasse largement la seule question juridique.
Il interroge notre manière de considérer la vieillesse, la maladie, la dépendance et la solidarité.
Comment accompagner une personne lorsque la médecine ne peut plus guérir ?
Comment préserver sa dignité tout en protégeant les plus fragiles ?
Comment respecter la liberté individuelle sans créer de nouvelles formes de pression sociale ?
Ces interrogations expliquent pourquoi la loi sur l’aide à mourir continue de susciter des discussions passionnées.
Plus qu’un texte juridique, elle constitue une réflexion collective sur les valeurs qui fondent notre société.
Dans la troisième partie de ce dossier, nous répondrons aux questions les plus fréquemment posées : quelles maladies sont concernées ? Combien de temps dure la procédure ? Est-elle prise en charge par la Sécurité sociale ? Un proche peut-il décider à la place du patient ? Nous comparerons également le dispositif français avec ceux de la Belgique, de la Suisse, du Canada et des Pays-Bas.
FAQ – Loi sur l’aide à mourir : toutes les réponses aux questions que se posent les Français
La loi sur l’aide à mourir soulève de nombreuses interrogations pratiques. Qui pourra en bénéficier ? Combien de temps durera la procédure ? Les proches pourront-ils prendre une décision à la place du malade ? Voici les réponses aux questions les plus fréquentes.
La loi est-elle déjà en vigueur ?
Pas encore.
Bien que le texte ait été adopté par le Parlement, son application dépend de son entrée en vigueur définitive et de la publication de décrets précisant son fonctionnement. Les modalités pratiques devront notamment définir l’organisation de la procédure, la formation des professionnels et les conditions de mise en œuvre.
Quelle est la différence entre euthanasie et aide à mourir ?
Le terme « aide à mourir » est celui utilisé par la loi.
Dans le langage courant, le mot euthanasie désigne le fait qu’un professionnel de santé administre lui-même une substance provoquant le décès.
Le texte français privilégie le suicide assisté : c’est le patient qui s’administre lui-même le produit létal.
L’administration par un médecin ou un infirmier n’est prévue que lorsque l’état physique du patient l’empêche d’accomplir ce geste.
Qui pourra demander une aide à mourir ?
Le texte prévoit plusieurs conditions cumulatives.
Le patient devra notamment :
- être majeur
- être capable d’exprimer une volonté libre et éclairée
- souffrir d’une affection grave et incurable
- avoir un pronostic vital engagé à un stade avancé de la maladie
- présenter une souffrance jugée insupportable malgré les traitements disponibles
Chaque dossier devra être évalué individuellement.
Quelles maladies sont concernées ?
La loi ne dresse pas une liste précise de maladies.
Ce n’est donc pas la pathologie qui détermine l’accès au dispositif mais la réunion de plusieurs critères médicaux.
Des personnes atteintes notamment :
- de certains cancers en phase avancée
- de maladies neurodégénératives évolutives
- de maladies neurologiques graves
- ou d’autres affections incurables
pourraient être concernées si toutes les conditions prévues par la loi sont réunies.
Les personnes atteintes d’Alzheimer pourront-elles demander une aide à mourir ?
Dans la majorité des cas, la réponse sera non.
Le texte exige que la personne puisse exprimer personnellement sa volonté au moment de la procédure.
Une personne ayant perdu sa capacité de discernement ne pourra donc pas bénéficier du dispositif sur la seule base de directives anticipées.
Les maladies psychiatriques sont-elles concernées ?
Le texte adopté prévoit que les personnes souffrant exclusivement d’un trouble psychiatrique ne sont pas éligibles au dispositif.
Cette question a fait l’objet de nombreux débats au Parlement.
Les proches peuvent-ils décider à la place du malade ?
Non.
Ni le conjoint, ni les enfants, ni les parents, ni la personne de confiance ne pourront demander une aide à mourir pour une personne devenue incapable de s’exprimer.
La demande devra être formulée directement par le patient.
Les directives anticipées permettent-elles de demander une aide à mourir ?
Non.
Les directives anticipées permettent d’exprimer des souhaits concernant certains traitements médicaux ou leur limitation.
En revanche, elles ne permettront pas de déclencher une procédure d’aide à mourir.
Combien de temps dure la procédure ?
Il n’existe pas de durée unique.
La procédure comprend plusieurs étapes :
- la demande du patient
- l’évaluation médicale
- une concertation entre professionnels
- la décision du médecin
- un délai de réflexion
- la confirmation de la volonté du patient
Selon la complexité de la situation médicale, cette procédure pourrait s’étendre sur plusieurs jours ou plusieurs semaines.
Où pourra se dérouler l’aide à mourir ?
Le texte prévoit que l’acte pourra être réalisé dans différents lieux adaptés :
- à l’hôpital
- dans certains établissements médico-sociaux
- ou au domicile du patient lorsque les conditions médicales et de sécurité le permettront
La procédure sera-t-elle payante ?
Non.
Le législateur a prévu une prise en charge par l’Assurance maladie afin que l’accès au dispositif ne dépende pas des ressources financières du patient.
La Sécurité sociale remboursera-t-elle intégralement la procédure ?
Oui.
Le texte prévoit que les actes médicaux liés à la procédure d’aide à mourir seront pris en charge par l’Assurance maladie, selon les modalités qui seront précisées par les textes d’application.
Un médecin pourra-t-il refuser ?
Oui.
La loi instaure une clause de conscience.
Un médecin, un infirmier ou un autre professionnel concerné pourra refuser de participer à une aide à mourir.
Il devra toutefois orienter le patient afin que sa demande puisse être examinée dans le respect de la loi.
Quelle est la différence entre la sédation profonde et l’aide à mourir ?
Ces deux dispositifs poursuivent des objectifs différents.
La sédation profonde et continue consiste à endormir durablement un patient dont la souffrance ne peut plus être soulagée, sans rechercher directement son décès.
L’aide à mourir a pour finalité de provoquer le décès à la demande du patient.
Les soins palliatifs disparaissent-ils ?
Non.
Au contraire.
Le gouvernement a présenté le développement des soins palliatifs comme le complément indispensable de cette réforme.
L’objectif affiché est que chaque patient puisse bénéficier d’un accompagnement de qualité avant toute éventuelle demande d’aide à mourir.
Comment cela fonctionne-t-il dans les autres pays ?
Plusieurs États disposent déjà d’une législation sur la fin de vie, mais leurs règles diffèrent.
Belgique
L’euthanasie est autorisée depuis 2002 dans certaines conditions très encadrées.
Pays-Bas
Le dispositif est proche de celui de la Belgique mais s’inscrit dans une tradition juridique différente.
Luxembourg
L’euthanasie et le suicide assisté sont également autorisés sous conditions.
Suisse
L’euthanasie active reste interdite, mais le suicide assisté est autorisé dans un cadre particulier, notamment par l’intermédiaire d’associations spécialisées.
Canada
Le pays autorise l’aide médicale à mourir depuis 2016. Son évolution est souvent citée dans les débats français en raison de l’élargissement progressif des critères d’accès.
Espagne
L’aide à mourir est légale depuis 2021 sous certaines conditions.
Chaque modèle possède ses propres critères médicaux, juridiques et éthiques.
Pourquoi cette loi continue-t-elle de diviser ?
Parce qu’elle touche à des questions profondément personnelles.
Pour certains, elle représente une avancée majeure en matière de liberté individuelle.
Pour d’autres, elle soulève des interrogations sur la protection des personnes les plus fragiles, le rôle de la médecine et le développement des soins palliatifs.
Il est également important de rappeler qu’il n’existe pas deux camps parfaitement opposés.
Parmi les patients, les familles, les médecins, les infirmiers ou les philosophes, les positions sont souvent nuancées.
Certaines personnes favorables au principe de l’aide à mourir souhaitent un encadrement encore plus strict.
D’autres, initialement opposées, reconnaissent que certaines situations exceptionnelles pourraient justifier une évolution du droit.
Où trouver des témoignages fiables ?
Pour mieux comprendre les différentes sensibilités du débat, il est utile de consulter des témoignages issus de plusieurs horizons :
- les associations de patients favorables à l’évolution de la loi
- les associations représentant les personnes handicapées ayant exprimé des réserves
- les sociétés savantes de soins palliatifs
- les ordres professionnels et syndicats de médecins ou d’infirmiers
- les auditions de patients, de soignants et de juristes réalisées par l’Assemblée nationale et le Sénat
Confronter plusieurs points de vue permet de mieux appréhender la complexité de cette réforme.
En conclusion
La loi sur l’aide à mourir constitue l’une des évolutions sociétales les plus marquantes de ces dernières années.
Au-delà des débats politiques, elle interroge chacun sur des questions universelles : la dignité, la liberté, la souffrance, la solidarité et le rôle de la médecine.
Si le Parlement a tranché sur le principe, les discussions sont loin d’être terminées. L’application concrète de la loi, les décisions de justice, les retours d’expérience des soignants et des familles ainsi que les éventuelles évolutions du texte continueront d’alimenter le débat public.
Quelle que soit l’opinion de chacun, une conviction semble largement partagée : toute personne confrontée à une maladie grave doit pouvoir bénéficier d’un accompagnement humain, d’une prise en charge de qualité et d’un accès effectif aux soins palliatifs. C’est sur ce socle que le débat sur la fin de vie continuera de s’écrire dans les années à venir.